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EcoIndex, Lighthouse, Website Carbon : ce que chaque outil mesure vraiment

Ordinateur portable fermé, posé sur une table en bois dans un café, à côté d’un téléphone. L’arrière-plan carrelé est flou.

Ces trois noms reviennent dans toutes les propositions commerciales d’éco-conception, souvent alignés comme s’ils disaient la même chose sous trois angles. Ils ne mesurent pas la même chose du tout, et confondre leurs résultats mène à optimiser la note au lieu du site.

En une phrase chacun : Lighthouse mesure l’expérience vécue par le visiteur, EcoIndex la sobriété structurelle de la page, et Website Carbon estime un ordre de grandeur d’émissions à partir du poids transféré. Un seul des trois produit des grammes de CO₂, et c’est celui dont il faut le moins prendre les décimales au sérieux.

Lighthouse : l’expérience, pas l’empreinte

Lighthouse est intégré à Chrome. Il produit quatre notes : performance, accessibilité, bonnes pratiques, SEO.

Ce qu’il mesure. La performance est un agrégat de métriques temporelles - le temps avant l’affichage du plus gros élément, la stabilité visuelle, la réactivité aux interactions. Ce sont des mesures d’expérience vécue, du point de vue d’un visiteur.

Ce qu’il ne mesure pas. L’empreinte environnementale. Nulle part. Un site peut obtenir 100 en performance en étant lourd mais servi depuis un réseau de diffusion très rapide, avec un préchargement agressif. Lighthouse récompense la vitesse ressentie, pas la sobriété.

Le piège. La note de performance dépend beaucoup des conditions de test. Lancée depuis un ordinateur de développement en fibre, elle sera flatteuse. Les mesures qui comptent sont celles issues du terrain, sur les visites réelles.

À retenir : Lighthouse répond à « est-ce que le site est agréable à utiliser ». C’est une question légitime, et ce n’est pas une question écologique.

EcoIndex : la sobriété structurelle

EcoIndex, porté par le collectif GreenIT et le GDS, note de A à G à partir de trois variables seulement :

  1. La taille du DOM - le nombre d’éléments HTML de la page ;
  2. Le poids transféré ;
  3. Le nombre de requêtes.

C’est volontairement simple, et c’est sa force. Ces trois variables sont de bons indicateurs de la charge imposée au terminal du visiteur - donc, indirectement, de l’usure du matériel et de la pression au renouvellement.

Ce qui surprend. La taille du DOM pèse lourd dans la note, et c’est le facteur que les équipes maîtrisent le moins. Un site construit avec un générateur de pages ou un système de composants produit vite plusieurs milliers de nœuds pour afficher une page qui en demanderait trois cents.

La limite. EcoIndex mesure la page telle qu’elle est chargée, à un instant donné. Une application qui injecte deux mille éléments après la mesure obtiendra une bonne note pour une page qui n’existe pas. C’est le point où la mesure automatique demande un œil humain.

À retenir : EcoIndex répond à « est-ce que la page est structurellement sobre ». C’est l’outil le plus proche de l’éco-conception au sens strict.

Website Carbon : une estimation, pas une mesure

Website Carbon convertit le poids transféré en grammes de CO₂ par visite.

Comment ça marche. L’outil prend le poids de la page, applique un coefficient d’intensité énergétique du réseau et des terminaux, un facteur d’émission moyen de l’électricité, et une hypothèse sur la part de visiteurs déjà en cache. Il vérifie aussi si l’hébergeur figure dans le registre des hébergeurs verts de la Green Web Foundation.

Pourquoi il faut être prudent. Chaque étape repose sur une moyenne mondiale. L’intensité carbone de l’électricité varie d’un facteur dix selon les pays - le mix français, très nucléarisé, est bien moins carboné que la moyenne utilisée par ces modèles. Un chiffre en grammes paraît précis ; il est en réalité un ordre de grandeur.

Ce qui reste utile. Le sens de variation. Si une page passe de 1,8 g à 0,4 g après refonte, la valeur absolue est discutable mais l’amélioration d’un facteur quatre, elle, est réelle. Et la vérification de l’hébergeur vert est factuelle et vérifiable.

À retenir : Website Carbon répond à « quel ordre de grandeur, et est-ce que je peux le raconter ». C’est un outil de communication utile, à condition de ne pas prendre ses décimales au sérieux.

Ce qu’aucun des trois ne voit

C’est le point le plus important, et le moins dit.

La fabrication des terminaux. Selon l’ADEME, l’essentiel de l’empreinte du numérique en France vient de la fabrication des appareils, loin devant leur usage. Un site sobre agit dessus indirectement - en n’exigeant pas un téléphone récent - mais aucun de ces outils ne mesure cet effet.

Le nombre de visites. Une page à 0,2 g vue un million de fois pèse plus lourd qu’une page à 2 g vue mille fois. Aucun de ces outils ne regarde le trafic.

Ordinateur portable ouvert sur une table en bois, écran entièrement noir, à côté d’une tasse de café et d’un carnet fermé.

Aucun des trois outils ne note ce cas-là : la page la plus sobre est celle qu’on n’a pas eu besoin d’ouvrir.

L’utilité. Un site parfaitement optimisé que personne ne consulte, ou qui oblige à trois visites pour trouver un numéro de téléphone, est un mauvais site. Aucun outil ne mesure si le visiteur a trouvé ce qu’il cherchait - et c’est pourtant le premier levier : la page la plus sobre reste celle qu’on n’a pas eu besoin d’ouvrir.

Comment je les utilise

Sur un audit, je regarde les trois, dans cet ordre :

  1. EcoIndex d’abord, parce que ses trois variables pointent directement vers les décisions structurelles à prendre.
  2. Lighthouse ensuite, en insistant sur l’accessibilité, que les démarches d’éco-conception oublient trop souvent alors que c’est le volet le plus normé - et le plus opposable.
  3. Website Carbon en dernier, pour le récit, et pour vérifier l’hébergeur.

Et je mesure toujours deux fois : sur les pages les plus visitées, pas sur la page d’accueil seule. C’est presque toujours une page intérieure - une fiche produit, un article - qui concentre le trafic et les problèmes.

Le seul chiffre qui ne triche pas

Si vous ne deviez en suivre qu’un : le poids transféré, cache vide, sur vos trois pages les plus vues.

Il ne dépend d’aucun modèle, d’aucune hypothèse, d’aucun coefficient. Il se mesure en trente secondes dans n’importe quel navigateur. Et il est corrélé à tout le reste : une page légère est presque toujours rapide, sobre, et notée correctement partout.

Les notes sont utiles pour convaincre. Le poids est utile pour décider.